la communication a le spleen

septembre 2, 2008

Pas envie de parler de moi, petites peines et frustrations, états d’âmes, vagues à l’âme;
non, pas de journal. Je préfère diriger le faisceau vers le dehors,

et balayer ce qui m’entoure, pour m’arrêter quelquefois et examiner ce que je vois

Nous sommes, chacun que nous sommes, des puits isolés, et leur profondeur est vertigineuse.
N’est-ce pas ce qu’on appelle la solitude ?

Pour la briser, le langage est limité.
A l’ère de la communication autosatisfaite d’elle-même
qui brandit fièrement Internet d’une main, le cellulaire de l’autre, le ipod fiché dans les oreilles
à l’ère des mails et des messages texto et vocaux en tout genre
ne sommes-nous pas étrangement isolés dans nos petites îles de vie ?

Le langage reste limité et je nous trouve bien handicapés face aux abeilles, aux baleines, aux fourmis.

Face aux fourmis et à leurs fameuses phéromones, nous faisons pâle figure
Pourquoi ? Parce que:
> nous ne parlons pas tous un même et unique langage sur cette foutue planète

Tour de Babel, Brueghel

Tour de Babel, Brueghel


dixit Babel, le châtiment d’un Dieu vengeur qui sema la discorde entre les hommes en créant les langues

> nous n’avons pas tous le même accent et les gens détestent les accents, cet accent qui n’est pas le leur les agresse et les rend incroyablement violents

> nous n’avons pas tous le même vocabulaire, alors, on se vexe et on se déteste…

… comme des cons

Et puis:

> nous devons formuler à l’aide de différentes syllabes formant mots des constructions élaborées -la phrase, qui doit refléter le sentiment

mais le sentiment participe de l’impalpable, de nos émotions, c’est de l’immatériel

alors que la phrase, cette construction artificielle, est comme un échafaudage précaire, lourd, anti-naturel

clairement, ce mécanisme de construction est imparfait
trop de parasites entre les deux pôles de la chaîne de transmission

entre deux

entre deux

un technicien du son vous parlera de ces parasites en parlant de bruit: le terme s’accorde bien ici

Trop de bruit dans le processus de communication

Tenez, tout ce fatras que j’écris ici est un bon exemple

Idéalement, que faudrait-il:

eh bien, exemple: il faudrait que je puisse poser la main sur une surface et que j’y laisse comme une empreinte x
et que toi, surfeur de passage, tu puisses, à ton tour, toucher cette surface et t’imprégner de cette empreinte pour ressentir l’état x dans lequel j’étais à ce moment t.
Et point . final.

Pas de m , o , i = moi, pas de t , o, i = toi
pas de mots, pas de syllabes, pas de phrases

Qu’est-ce qui se rapprocherait le plus, actuellement, du langage parfait pour nous, êtres humains?
la musique
, paroles comprises ou pas.
Il y a des morceaux de musique, des tubes, des pièces, comme l’on dit si justement au Québec, qui ont ce langage universel. C’est incroyable à observer: des empreintes presque parfaites.


Les arts plastiques participent de cette quête, mais plus à un niveau sémantique et philosophique: avec la peinture, la sculpture, il s’agit plus de réinterpréter une donnée ou de la transcender. On retrouve souvent une recherche de vérité, même dans les travaux contemporains qui se présentent comme des recherches exclusives sur la matière.

Enfin, il y a le cinéma, qui dédouble notre monde sur une large pellicule parallèle
Le cinéma est cette large bande parallèle à la bande de nos vies
et où une plus grande liberté est permise.

Le cinéma et ses dérivés forment un monde parallèle qui, de plus en plus d’ailleurs, nous aspire dans un tout nouveau type de virtualité, dans un jeu vidéo.

Le succès du cinéma et de ces dérivés n’est pas un hasard. Nous sommes très certainement déçus. Nous voulons nous distraire du réel et aller loin, très loin. Quitte à nous retrouver sur notre île d’Avalon, encore plus solitaires. Et ne plus savoir où on se trouve. Au loin, d’autres îlots habités d’âmes solitaires.

Nous sommes tous des droites parallèles (Aldous Huxley). Et les parallèles ne se rejoignent qu’à l’infini.

Mais revenons au cinéma, large bande qui dédouble notre monde sur une large pellicule, parallèle de nos vies: connaissez-vous Rashomon, d’Akira Kurosawa? Il est question de vérité, selon différents points de vue. Je développe au prochain post.

Machiko Kyo, Rashomon

Machiko Kyo, Rashomon

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